La Révolution américaine: la Déclaration d'indépendance

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Depuis la fin de la guerre de Sept Ans, le climat dans les colonies s'est peu à peu détérioré, la fidélité au régime et à la couronne britannique n'est plus unanime et les idées d'indépendance que propagent les Fils de la liberté emportent de plus en plus la faveur populaire.

Pour s'opposer à l'augmentation des taxes et des charges fiscales, les colonies décident de boycotter certaines marchandises anglaises. Une baisse des importations allant jusqu'à 38 % provoque beaucoup de mécontentement chez les commercants anglais. Le Parlement de Londres décide alors de supprimer certaines taxes, mais ajoute un droit sur le thé. De plus, le maintien de l'armée anglaise (près de 10 000 hommes) en temps de paix sur les territoires coloniaux provoque de nombreuses récriminations et beaucoup d'agitation, surtout lorsqu'une loi anglaise réquisitionne des maisons pour loger ses soldats.

Le 16 décembre 1773, dans le port de Boston, des cargaisons de thé appartenant à la Compagnie des Indes sont jetées à la mer; c'est le Boston tea party. Le Parlement de Londres réagit vivement et décide que le port de Boston doit être fermé tant que la ville n'aura pas payé une forte indemnité à la compagnie. On adopte aussi une loi qui abolit la charte du Massachusetts et on décrète que tous les procès criminels d'incitations à l'émeute et de non-perceptions des revenus seront dorénavant tenus devant une cour de Londres. La rupture complète avec la métropole est alors inévitable.

Le 1er Congrès continental se réunit à Philadelphie en septembre 1774. Les 12 colonies qui y sont représentées décident: 1) que les lois anglaises sont anti-constitutionnelles; 2) que les colonies vont boycotter toute marchandise en provenance d'Angleterre; 3) que le Parlement de Londres n'a aucune compétence fiscale sur les colonies, mais seulement sur le commerce. Peu à peu, des dépôts d'armes se constituent et la milice se rassemble. Le 9 avril 1775, des troupes anglaises voulant récupérer des armes cachées à Concord, près de Boston, sont accueillies par la milice et la bataille de Lexington est engagée. Le 17 juin 1775, la bataille de Bunker Hill a lieu. Le roi George III d'Angleterre écrit alors à son premier ministre, William Pitt, ces mots: "Les gouvernements de la Nouvelle-Angleterre sont en état d'insurrection...".

En janvier 1776, Thomas Paine (1737-1809) publie Common Sense, un petit livre qui attaque de plein front toutes les institutions britanniques. Paine y revendique l'indépendance et la fondation d'une nouvelle république. Il affirme même que la royauté "est l'invention la plus prospère que le diable ait jamais inventée pour le progrès de l'idolâtrie!". Dans cet ouvrage, Paine met dos à dos la société et l'État. Cette opposition radicale annonce déjà de nombreux débats philosophiques du XIXe siècle sur le rôle de l'État.

La société est produite par nos besoins, le gouvernement par nos vices; la première procure notre bonheur d'une manière positive, en unissant nos affections; le second d'une manière négative en restreignant nos vices. L'un encourage l'union, l'autre crée des distinctions. L'un protège, l'autre punit.

Paine deviendra citoyen français et membre de la Convention pendant la Révolution française. L'extrait suivant nous permet d'entendre le cri révolutionnaire qu'il lance au tout début de la révolution américaine.

Thomas Paine, Le sens commun, 1776

O vous, amis de l'humanité! Vous qui osez vous opposer non seulement à la tyrannie mais au tyran, avancez-vous! L'oppression ravage chaque recoin du Vieux Monde. La liberté a été pourchassée sur toute la surface du globe. L'Asie et l'Afrique l'ont bannie depuis longtemps. L'Europe la regarde comme une étrangère, et l'Angleterre lui a signifié son congé. Oh! recueillez la fugitive et préparez à temps un asile pour le genre humain.

L'événement qui symbolise le mieux la rupture des colonies avec l'Empire britannique ainsi que la naissance des États-Unis d'Amérique est, sans contredit, la Déclaration d'indépendance. Oeuvre de Thomas Jefferson (1743-1826), ce texte marque solennellement et symboliquement cette rupture.

Pour Jefferson comme pour de nombreux Américains, ce ne sont pas seulement les droits des sujets britanniques d'Amérique qui ont été violés, mais les droits naturels inaliénables de l'homme (la vie, la liberté, la recherche du bonheur). La Déclaration d'indépendance énonce une théorie politique qui justifie l'insurrection et qui détermine les principes devant gouverner le nouvel État. En voici quelques extraits:

Déclaration d'Indépendance, 4 juillet 1776

Nous tenons ces vérités pour évidentes en elles-mêmes: que tous les hommes sont créés égaux; que leur Créateur les a dotés de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la recherche du bonheur; que pour garantir ces droits, les hommes instituent entre eux des gouvernements, qui tirent leurs justes pouvoirs du consentement des gouvernés; que chaque fois qu'un gouvernement, qu'elle qu'en soit la forme, menace ces fins dans leur existence même, c'est le droit du peuple que de le modifier ou de l'abolir, et d'en instituer un nouveau [...] La prudence recommande sans doute de ne pas renverser, pour des causes légères et passagères, des gouvernements établis depuis longtemps [...] Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, invariablement tendus vers le même but, marque le dessein de les soumettre à un despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de renverser le gouvernement qui s'en rend coupable. L'Histoire de celui qui règne aujourd'hui sur la Grande-Bretagne est une histoire d'injustices et d'usurpations répétées ayant toutes pour direct objet l'établissement d'une tyrannie absolue sur nos États. [...]

En conséquence, nous, représentants des États-Unis d'Amérique réunis en congrès plénier, prenant le Juge suprême du monde à témoin de la droiture de nos intentions, au nom et par délégation du bon peuple de ces colonies, affirmons et déclarons solennellement:

Que ces colonies unies sont et doivent être en droit des États libres et indépendants; qu'elles sont relevées de toute fidélité à l'égard de la Couronne britannique, et que tout lien entre elles et l'État de la Grande-Bretagne est et doit être entièrement dissous.

Pour Jefferson, il existe une loi morale universelle que les hommes découvrent grâce à leur raisonnabilité. La Déclaration d'indépendance est donc faite non pas seulement pour le roi d'Angleterre et ses sujets, mais pour tous les hommes raisonnables qui peuvent ainsi constater les "injustices et usurpations répétées" qu'ont subies les colons américains.

Lorsque, dans le cours des événements humains, un peuple se voit dans la nécessité de rompre les liens politiques qui l'unissent à un autre et de prendre, parmi les puissances de la terre, le rang égal et distinct auquel les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit, un juste respect de l'opinion des hommes exige qu'il déclare les causes qui l'ont poussé à cette séparation.

La Déclaration proclame alors la nécessité de l'indépendance des colonies à toute l'humanité qui pourra ainsi juger de la légalité de la révolution et de la droiture des intentions des représentants des États-Unis. Rappelons finalement quelques-uns des grands principes qui ont guidé la rédaction de la Déclaration d'indépendance:

  1. le gouvernement est fondé sur un contrat social qui lie le peuple et ses représentants;
  2. le gouvernement est obligé de protéger les droits naturels;
  3. le peuple a le devoir de se révolter lorsque ces principes ne sont pas respectés.

En mai 1775, le Congrès continental nomme George Washington commandant en chef de l'armée américaine. Celle-ci est peu disciplinée, mal entraînée et n'est pas formée pour combattre une armée régulière. De plus, les difficultés d'approvisionnement que provoque le blocus anglais des ports américains mettent rapidement en péril la révolution. Toutefois, l'alliance militaire que signent la France et les États-Unis, le 6 février 1778, porte un coup aux troupes anglaises. Le 19 octobre 1781, la capitulation du général anglais Cornwallis à Yorktown est décisive. L'armée britannique et sa flotte doivent battre en retraite. En 1783, la Grande-Bretagne signe le Traité de Versailles par lequel elle reconnaît l'indépendance des États-Unis d'Amérique.