Le héros révolutionnaire de la pensée
Cet héros est DESCARTES (1596-1650), un des plus grands philosophes de tous les temps, son influence est si grande que son histoire se confond avec celle de la philosophie. Son action intellectuelle fait incontestablement de lui l'auteur de la révolution d'esprit qui marque le début des temps modernes.
Descartes apparaît sur la scène intellectuelle comme le champion de la nouvelle science contre l'ancienne science et, également comme le héros de la pensée, le libérateur de la pensée, face à l'aristotélisme régnant à la Sorbonne. Il y a une gravure de l'époque qui représente Descartes assis à sa table de travail, foulant du pied un gros traité d'Aristote. Descartes le premier porte partout l'esprit de doute et de libre examen. Descartes affirme avec audace la valeur du libre examen comme condition de la maîtrise de l'objet auquel s'applique l'étude, un libre examen qui table sur la seule force de la raison que chaque homme possède et qui s'entrelace à la volonté afin de conduire bien le mouvement de la connaissance et de l'action. C'est au prix d'un ordre, de règles, d'une méthode que l'on parvient à conduire sa raison et son action, de manière efficace. On comprend alors que le problème de la certitude est, chez Descartes, ordonné au dessein pratique, au problème moral de la liberté et de la sagesse. La philosophie de Descartes est une philosophie du contentement et le contentement réside dans la conscience et la pratique de la liberté que tous les hommes, derechef, sont appelés à réaliser.
La liberté est vue comme une double conquête qui pousse l'homme à toujours parfaire sa connaissance et à ne jamais demeurer irrésolu en ses actions. C'est là ce qui constitue le bon usage du libre arbitre, et c'est de cela seul, comme l'écrit Descartes à Élisabeth que provient ce souverain contentement que tous les hommes recherchent sans généralement savoir où le trouver. Et cette liberté est d'un tel prix, la liberté est un tel absolu qu'elle peut consister à se détourner, en pleine conscience, du Vrai et du Bien "pourvu seulement, comme dit Descartes, que nous considérions comme un bien de témoigner ainsi de notre liberté". Allons tout de suite à sa dernière oeuvre, Les Passions de l'âme, pour voir comment Descartes pose l'antériorité de l'admiration et donc de la générosité sur toute autre passion, la générosité qui, autrement dit, n'est autre que la conscience que nous avons du pouvoir de notre libre-arbitre, de notre liberté, cette puissance positive, infinie, à l'image de la liberté-volonté divine :
Descartes, Passions, article 153.
Ainsi je crois que la vraie générosité, qui fait qu'un homme s'estime au plus haut point qu'il se peut légitimement estimer, consiste seulement partie en ce qu'il connaît qu'il n'y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés, ni pourquoi il doive être loué ou blâmé sinon pour ce qu'il en use bien ou mal, et partie en ce qu'il sent en soi-même une ferme et constante résolution d'en bien user, c'est-à-dire de ne manquer jamais de volonté pour entreprendre et exécuter toutes les choses qu'il jugera être les meilleures; ce qui est suivre parfaitement la vertu.
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